Épisode 10 : L’Écho des Origines
La faille de sortie ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait connu. Ce qui ressemblait à un portail technologique s’avéra être une déchirure dans la réalité, un point de jonction entre la roche vibrante d’Obsidia et le vide spatial. Isilde se tenait sur le seuil, le souffle court.
Derrière elle, le Chœur des Éclats continuait de pulser, un bourdonnement minéral qui semblait désormais faire partie de son propre rythme cardiaque.
Elle avait en elle les récits de ceux qui étaient tombés, les secrets de l’Empire enfouis sous des strates de quartz, et la certitude que l’Hégémonie n’était qu’un édifice fragile, bâti sur l’oubli.
Kael, immobile, l’observait. Son corps translucide, plus brillant que jamais.
— Tu emportes le poids du passé, murmura-t-il, sa voix mimant le choc de deux pierres précieuses. Mais souviens-toi : une mémoire qui n’est pas partagée est une mémoire qui meurt. Va, Isilde. Que ton retour soit le début de leur fin.
Isilde ne répondit pas. Elle fit un pas dans la déchirure.
La sensation fut brutale. Le silence absolu d’Obsidia fut instantanément remplacé par le sifflement électronique des systèmes de bord d’une capsule de transport. Elle tomba à genoux sur le sol froid de métal. La transition était violente, comme si son esprit était encore en partie lié aux veines dorées de la géode.
Elle ouvrit les yeux. La capsule était étroite, austère, plongée dans la pénombre. Une voix synthétique, dénuée de toute émotion, résonna dans l’habitacle :
« Épreuve du Miroir réussie. Condition de départ validée. Destination : Secteur central — Point de convergence. »
Isilde se redressa, essuyant une trace de poussière de quartz sur sa tempe. Elle se sentait étrangement légère. Elle ne craignait plus le reflet de la visière opaque de son équipement, qui l’avait autrefois terrifiée. Elle savait désormais que ce qu’elle voyait dans les miroirs n’était pas son identité, mais la projection d’une volonté qu’elle avait réussi à dompter.
Elle s’approcha du hublot de la capsule. Dehors, les étoiles défilaient dans une traînée de lumière bleutée. Elle était loin d’Obsidia, loin de ce labyrinthe qui avait tenté de dévorer son âme. Elle était en route vers l’inconnu, mais pour la première fois, elle n’était pas seule : les voix du Chœur résonnaient doucement dans ses pensées, une mélodie ténue qui la guidait.
Elle posa sa main sur le hublot, sentant la vibration du vaisseau. Ilario. Elle savait, par ce lien qui les unissait depuis la naissance, qu’il était en vie, quelque part, luttant lui aussi.
— Je n’ai pas renoncé, Ilario, murmura-t-elle, son regard scrutant l’immensité noire. J’ai tout gardé.
Alors que la capsule entamait sa séquence d’amarrage, Isilde ferma les yeux et commença à « accorder » son esprit. Elle n’était plus une victime de l’Hégémonie. Elle était devenue une archive vivante, et l’Empire ne se doutait pas encore de l’arme qu’il venait de laisser s’échapper de ses geôles de verre.