L'Hégémonie de Sideris

Chers co-auteurs et lecteurs, le vote des équipes a tranché, après ce 3e épisode le sort est jeté pour nos exilés.

Ilario vient de se réveiller suspendu au-dessus du vide sur Aura-Borea. Le vent qu’il aimait tant sur Sideris est devenu son pire ennemi. Réussira-t-il à stabiliser sa nouvelle demeure avant la chute ?

Isilde, quant à elle, a été projetée sur les plaines coupantes d’Obsidia. Dans ce monde de miroirs et de verre volcanique, elle devra apprendre que ses yeux peuvent la trahir.

L’épisode 4 nous plongera au cœur de ces premiers pas. Merci à tous pour votre implication dans les choix de l’Hégémonie ! 

Épisode 1 : Les Moissons d’Orgho.

Le soleil de Sideris ne brûlait jamais ; il caressait. Ce jour-là, la lumière avait la couleur du miel de roche, et l’air lourd de l’été finissant sentait le jasmin étoilé. Ilario et Isilde étaient allongés dans les hautes herbes bleues de la colline d’Orgho, observant les capsules de transport qui traversaient silencieusement le ciel, telles des lucioles d’argent en plein jour.

— Regarde celle-là, murmura Isilde en pointant un point brillant qui s’arrachait à l’attraction planétaire. Elle file vers le secteur d’Andromède. Tu crois qu’ils ont des fleurs bleues, là-bas ? Ou ils n’ont que du gris et du métal ?

Ilario sourit, les mains croisées derrière la tête. À quelques semaines du Grand Départ, ils auraient dû être terrifiés, mais l’Hégémonie avait l’art de transformer la tragédie en une évidence solennelle. On célébrait la Loi de l’Essaim non comme une sentence, mais comme l’unique salut d’un monde victime de sa propre générosité.

L’histoire de Sideris était celle d’un miracle qui avait fini par s’étrangler. Quelques siècles plus tôt, la planète n’était qu’un avant-poste stérile. Mais une mutation génétique inexpliquée — certains disaient un cadeau des étoiles, d’autres une anomalie du système Sideris — avait rendu les colons d’une fécondité hors-norme. Les berceaux débordaient, les familles s’étendaient à une vitesse prodigieuse, et la petite planète mère avait fini par étouffer. Pour éviter la famine et l’effondrement, les Anciens avaient fondé l’Hégémonie. À 20 ans, l’exil devenait la condition de la survie : essaimer pour ne pas mourir. Désormais, chaque enfant né sur Sideris savait qu’il était une graine destinée à être semée ailleurs, très loin, pour que la vie ne s’éteigne jamais.

— Maman dit que nous sommes des graines de pissenlit, reprit Isilde avec cette insoumission naturelle qui faisait briller ses yeux gris. Elle dit qu’on nous souffle pour que la galaxie ne soit plus jamais seule. Mais moi, j’ai l’impression qu’on nous traite comme des chiffres dans un sombre registre.

Ilario tourna la tête vers elle. Il admirait cet instinct sauvage qui poussait sa sœur à questionner l’ordre des choses. Isilde ne comprenait pas la patience ; elle ressentait le monde. Elle était le feu qui refuse de s’éteindre. Lui, au contraire, incarnait cette résilience silencieuse. Là où elle voyait une injustice, il voyait un système à décrypter. Son esprit analysait déjà les trajectoires, les protocoles de l’Empire, cherchant la faille ou le calcul qui, un jour, lui permettrait de la retrouver.

— L’Empire a besoin de notre force, Isilde. C’est leur logique. Mais ils oublient une chose que même leurs registres ne peuvent pas classer.

Il se redressa. Le souvenir de leur mère, cette femme adulée pour sa sagesse et sa douceur, flottait entre eux comme un parfum protecteur. Elle leur répétait souvent qu’ils ne seraient jamais vraiment séparés.

— Vous avez partagé plus que le même berceau, leur disait-elle en posant ses mains sur leurs nuques. Vous avez partagé mon sang, et le vôtre s’est mélangé au mien.

Ilario sentit un léger frisson, un picotement familier à la base de son crâne. Il savait que dans son propre corps, quelque part dans la moelle de ses os ou les battements de son cœur, résidaient quelques cellules d’Isilde. Ce microchimérisme — cet échange biologique invisible survenu dans le ventre maternel — faisait d’eux un seul organisme vivant en deux endroits différents. Leurs cellules s’étaient croisées, s’étaient installées chez l’autre, créant une cartographie intime que l’immensité de l’espace ne pourrait jamais effacer.

Isilde ferma les yeux, sentant la présence de son frère comme une fréquence radio douce qui vibrait sous sa peau.

— Même si l’Hégémonie nous envoie aux deux bouts du vide, Ilario… mes cellules se souviendront des tiennes. Elles vibreront à la même vitesse. Elles nous guideront.

Ilario attrapa la main de sa sœur. Pour l’instant, l’herbe était douce, le vent était chaud, et l’Empire semblait n’être qu’une ombre lointaine. Ils étaient encore ensemble, deux moitiés d’un même monde, savourant les derniers instants d’une insouciance que l’Hégémonie de Sideris s’apprêtait à dévorer. La Loi de l’Essaim était intangible : bientôt, ils seraient chacun envoyé vers une planète différente.

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